Après plusieurs années de vents contraires et une année 2024 de transition, les acteurs du Food & Beverage (« F&B ») (investisseurs et parties prenantes du secteur) dressent des perspectives globales pour ce secteur en 2025.
Quelles pressions économiques, tendances de consommation, innovations technologiques et opportunités émergent dans ce secteur ? Où se situent les opportunités d'investissement stratégiques et les risques pour l'avenir ?
En 2024, le secteur du F&B a fait preuve d'une stabilisation modérée, après des années de volatilité dues à l'inflation et aux perturbations des chaînes d'approvisionnement. Le secteur du F&B a connu une croissance modeste de son chiffre d'affaires (environ 2,2 %) malgré les difficultés liées à la hausse des coûts des intrants dans l'énergie, la main-d'œuvre et les matières premières.

Source : S&P Global
Inflation
L'inflation continue d'affecter le secteur du F&B par le biais de la hausse des coûts des matières premières, de la main-d'œuvre et de l'énergie. Cependant, les entreprises peuvent transformer ces défis en opportunités stratégiques, comme suit :
Virage vers les marques de distributeur et les marques propres
Alors que les consommateurs recherchent des alternatives moins coûteuses, les marques de distributeur et les marques propres gagnent du terrain. Les détaillants élargissent ces offres pour répondre aux attentes des clients sensibles au prix. Cette tendance devrait se poursuivre tant que l'inflation persiste, stimulant une concurrence accrue dans le segment économique.
Reformulation de produits à moindre coût
Pour s'adapter aux acheteurs soucieux des prix, les entreprises lancent des gammes de produits plus abordables. Le virage vers des options économiques devrait se poursuivre tant que la sensibilité au prix reste élevée sur l'ensemble des marchés.
Hausses persistantes des coûts des intrants
Malgré un certain ralentissement de l'inflation générale, les matières premières agricoles et les prix de l'énergie demeurent volatils. Les intrants essentiels tels que les matériaux d'emballage et le transport ont connu des coûts fluctuants, ce qui a contraint les entreprises soit à augmenter leurs prix, soit à absorber ces coûts supplémentaires, deux options qui présentent des risques pour la rentabilité.

Source : Bloomberg
Sensibilité des consommateurs au prix
À mesure que les coûts plus élevés sont répercutés sur les consommateurs, les habitudes de dépenses évoluent. Les consommateurs deviennent plus sensibles au prix et recherchent des options offrant un bon rapport qualité-prix, notamment les produits de marque de distributeur, ce qui entraîne une augmentation de la part de marché des marques économiques. Ce changement représente une opportunité majeure pour les entreprises positionnées pour proposer des produits moins coûteux mais attrayants.

Source : BCG
Comment les taux d'intérêt ont influencé la valorisation du marché
Taux d'intérêt et taux d'actualisation
L'impact des taux d'intérêt élevés au cours des deux dernières années a entraîné une baisse des multiples de valorisation, reflétant l'augmentation du coût du capital et la prudence du sentiment de marché.
Impact sur les multiples de valorisation
La hausse des taux d'intérêt et l'inflation des matières premières ont provoqué une baisse des multiples médians VE/EBITDA, entraînant des valorisations de marché plus faibles à mesure que les entreprises font face à des coûts d'emprunt plus élevés et à des investisseurs plus prudents. Les boissons et les snacks ont conservé des multiples plus élevés grâce à une demande stable, tandis que l'agroalimentaire et les aliments naturels/biologiques ont connu des baisses de valorisation plus marquées.

Source : Capital IQ
Lors de l'analyse des marchés émergents, en particulier l'Amérique latine, les multiples décrits ci-dessus doivent être actualisés en moyenne d'environ 30 %, en raison de différents aspects liés à la liquidité et au risque pays
Activité de M&A
La hausse des taux d'intérêt a eu un impact sur les valorisations et a entraîné une baisse du volume des transactions, les entreprises adoptant une approche plus sélective en matière de M&A. Ce changement favorise les investissements ciblés plutôt que les stratégies agressives, bien que le nombre de transactions ait augmenté depuis le semestre dernier.

Source : Capital IQ
Cessions et réinvestissement
Compte tenu des évolutions de valorisation, les entreprises peuvent envisager de céder des actifs non stratégiques ou peu performants dans des secteurs qui attirent encore des multiples plus élevés, comme les boissons et les snacks. Cela permet aux entreprises de libérer des capitaux à réinvestir dans des domaines à plus forte croissance ou d'utiliser le produit pour assainir et renforcer leurs bilans.
En outre, plusieurs multinationales envisagent de céder certaines de leurs marques locales mineures, afin de rationaliser leur portefeuille et de concentrer leurs investissements et leurs dépenses marketing sur un nombre restreint de marques internationales à forte performance.
Acquisitions axées sur la valeur
Bien que l'activité de M&A ait ralenti, les conditions actuelles du marché offrent des opportunités d'acquisitions axées sur la valeur. Les entreprises bien capitalisées ou disposant de réserves de trésorerie solides peuvent tirer parti de coûts d'acquisition favorables, en particulier dans les secteurs ayant connu des ajustements de valorisation.
Technologie et résilience de la chaîne d'approvisionnement : au-delà des perturbations
Chaîne d'approvisionnement
Les avancées technologiques redessinent le secteur du F&B, stimulant l'efficacité et renforçant la résilience face aux perturbations. Les innovations dans l'IoT, l'IA et la blockchain ouvrent la voie à des chaînes d'approvisionnement plus transparentes et plus adaptables.
L'automatisation au service de l'efficacité de la main-d'œuvre
L'automatisation s'apprête à révolutionner la gestion de la chaîne d'approvisionnement, la robotique et les systèmes automatisés étant censés contrôler près de 75 % des grandes opérations de chaîne d'approvisionnement d'ici 2026.
Source : Fourkites
Chaînes d'approvisionnement localisées
De nombreuses entreprises du F&B optent pour des chaînes d'approvisionnement plus régionalisées afin d'éviter la dépendance vis-à-vis de fournisseurs internationaux sensibles aux tensions géopolitiques ou aux goulets d'étranglement de la logistique mondiale

Source : McKinsey
Comment l'IA aide-t-elle le secteur du F&B ?
L'intelligence artificielle joue déjà un rôle majeur dans la production du F&B. Elle indique aux fabricants ce que veulent leurs clients, accélère le développement de nouveaux produits, et élabore même la conception d'emballage la plus efficace et la plus attrayante.
Conception de la qualité : les consommateurs achètent des produits en s'attendant à une certaine qualité, texture et saveur, et il est important que ces attentes soient satisfaites. Les systèmes d'IA peuvent surveiller et ajuster les recettes en temps réel, garantissant que chaque plat respecte les mêmes normes élevées, pour ne citer que quelques avantages.
Efficacité améliorée : l'IA accélère l'innovation dans le F&B, et cela se produit à toutes les étapes de la production, de la ferme à la fourchette. De l'accélération du développement de nouveaux produits à l'aide à l'élaboration de campagnes marketing pour ces nouveaux produits, le potentiel de l'IA dans l'innovation ne fait que commencer
L'adoption de la technologie de l'IA dans l'ensemble du paysage alimentaire continue de bouleverser le secteur, à mesure que les fabricants cherchent de nouveaux moyens de rationaliser leurs chaînes d'approvisionnement et d'innover plus rapidement sur de nouveaux produits.
Perspectives de l'activité de M&A pour 2025
L'activité de M&A devrait s'accélérer en 2025, à mesure que les entreprises du F&B sont confrontées à moins de distractions extérieures et accordent une plus grande importance aux transactions pour développer leurs activités.
Selon Forbes, la baisse de l'inflation et les baisses de taux d'intérêt attendues alimentent l'optimisme, bien que de nombreux vendeurs envisagent de vendre une partie de l'entreprise, et non l'intégralité. Environ la moitié des grandes entreprises estiment qu'une meilleure conjoncture économique stimulera leurs activités de M&A, contre seulement 14 pour cent des petites entreprises, selon Citizens Bank.
Par ailleurs, les taux d'intérêt commencent à diminuer, ce qui rend moins coûteux pour les entreprises souhaitant s'endetter de financer une transaction.
L'amélioration de l'environnement intervient alors que les entreprises qui dépendaient auparavant des hausses de prix pour favoriser leur croissance doivent composer avec des consommateurs lassés par l'inflation et réticents à payer davantage, ce qui les amène à chercher d'autres moyens d'augmenter leurs revenus et leurs marges. Cela fait du M&A une option plus attrayante.
Published:
26th March 2025
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