Au fil de multiples cycles de marché, un schéma est devenu familier à quiconque est actif en M&A : le capital se dirige systématiquement vers les entreprises capables de faire croître leur chiffre d’affaires plus vite que leur bilan. Les modèles asset-light — logiciels, services professionnels, plateformes et sociétés portées par la marque — dominent l’appétit des investisseurs et les processus de vente compétitifs depuis plus d’une décennie.
Les raisons sont bien comprises. Ces entreprises sont plus faciles à valoriser, nécessitent moins de réinvestissement pour se développer, convertissent l’EBITDA en flux de trésorerie disponible de manière plus prévisible et tendent à afficher une meilleure performance en termes d’EVA. Dans les marchés porteurs, elles s’inscrivent parfaitement dans les récits des investisseurs autour de la croissance, de la flexibilité et de l’optionalité.
La question la plus difficile — et la plus intéressante — est de savoir s’il s’agit d’une mutation structurelle permanente ou simplement de la manifestation la plus récente d’un cycle du capital bien plus ancien. Pour les conseils d’administration, les actionnaires et les investisseurs qui évoluent dans l’environnement transactionnel transfrontalier actuel, cette distinction compte.
Les entreprises asset-light créent de la valeur principalement grâce à des actifs incorporels — propriété intellectuelle, données, personnes, références, relations, technologie ou savoir-faire et marques — plutôt que par le capital physique. Les éditeurs de logiciels et sociétés SaaS, les cabinets de conseil, les agences de publicité, les activités de licences et les marques de consommation en production externalisée relèvent pleinement de cette catégorie.
Les entreprises asset-heavy, à l’inverse, dépendent du capital tangible pour fonctionner et croître. L’industrie manufacturière, les infrastructures, l’énergie, le transport, la logistique, l’immobilier et les industries extractives se définissent par des actifs de longue durée qui façonnent leurs flux de trésorerie, leurs profils de risque et leur exposition réglementaire. En pratique, la plupart des entreprises se situent quelque part entre les deux. L’intensité capitalistique s’envisage donc mieux comme un continuum — et non comme une étiquette — lorsqu’il s’agit d’évaluer le risque stratégique et l’issue d’une transaction.
Le biais du marché en faveur des modèles asset-light n’est pas apparu du jour au lendemain. Il s’est affirmé au début des années 2000 et s’est renforcé après la crise financière mondiale. Des taux d’intérêt durablement bas tout au long des années 2010 ont conforté cette tendance, tandis que les perturbations post-Covid ont davantage récompensé la flexibilité et la scalabilité. L’histoire, cependant, plaide contre une pensée linéaire. Les périodes d’inflation, de reconfiguration des chaînes d’approvisionnement ou de renouvellement des infrastructures ont, à plusieurs reprises, réorienté le capital vers les actifs tangibles.
La scalabilité et la flexibilité demeurent les attraits centraux des modèles asset-light. Tout aussi important, les entreprises asset-heavy conservent des atouts sous-estimés : barrières à l’entrée, pouvoir de fixation des prix dans des marchés contraints, et flux de trésorerie indexés sur l’inflation ou régulés. Dans certains environnements, les coûts de remplacement augmentent plus vite que les valorisations, créant discrètement de la valeur stratégique pour les opérateurs asset-heavy bien positionnés. Il suffit de penser aux progrès de rentabilité spectaculaires récemment réalisés par les utilities et les géants pétroliers !
Pour les acquéreurs, la concurrence pour les cibles asset-light de qualité comprime souvent les multiples d’entrée, déplaçant la création de valeur vers l’exécution. À l’inverse, les secteurs asset-heavy peuvent récompenser les acheteurs dotés d’une profondeur opérationnelle et d’une expérience transfrontalière, prêts à affronter la complexité. Les vendeurs asset-light bénéficient d’un large intérêt d’acquéreurs, tandis que les vendeurs asset-heavy doivent exposer clairement la stabilité, la visibilité des flux de trésorerie, les cadres réglementaires et l’économie des coûts de remplacement — en particulier auprès d’acheteurs internationaux.
Le rôle du conseil
À mesure que les préférences en matière de capital se polarisent, les conseils jouent de plus en plus un rôle de traducteurs entre les mentalités d’investisseurs, les juridictions et les perceptions du risque. L’expérience acquise à travers différents types d’actifs et différents cycles détermine souvent la sécurité d’exécution autant que la valorisation. La portée internationale et l’expertise locale prennent une valeur encore plus grande pour toutes les parties concernées, en particulier pour les entreprises asset-light, généralement plus « transposables » d’un pays à l’autre. Les transactions asset-heavy peuvent susciter davantage de contrôles, mais elles peuvent aussi bénéficier d’une concurrence réduite lorsqu’elles sont menées avec la bonne expertise.
Conclusion
Les modèles asset-light traduisent un changement structurel réel, mais les cycles du capital perdurent. La véritable question n’est pas de savoir quel modèle est supérieur, mais quand chacun est correctement valorisé et comment la complexité est gérée. Dans le M&A international, les capacités internationales, l’expertise et le réseau locaux, la compréhension des différentes cultures, le jugement et une exécution professionnelle restent décisifs. C’est précisément cette combinaison d’ingrédients que CDI Global met en œuvre dans l’ensemble de ses bureaux depuis plus de 50 ans, offrant à ses clients un accompagnement inégalé tout au long des cycles de marché.
À propos de CDI Global
CDI Global est un leader des transactions transfrontalières du middle market. Notre présence internationale, notre expertise sectorielle et notre maîtrise des marchés garantissent notre capacité à vous aider à atteindre vos objectifs.
Des fusions-acquisitions aux cessions et aux levées de capitaux, CDI Global excelle dans l’élaboration de stratégies sur mesure permettant d’identifier les meilleures opportunités. Nous vous accompagnons à chaque étape du processus transactionnel, en nous appuyant sur nos décennies de savoir-faire financier pour anticiper les écueils et assurer une réalisation sans heurts. Avec plus de 45 bureaux dans les principales places financières de plus de 30 pays, nous sommes en mesure de maximiser le succès des transactions transfrontalières.
Par : Roman Pongracz, Managing Partner, CDI Global Autriche
Author:
Managing Partner
Published:
18th May 2026
Format:
Subject:
Industry: